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Première approche : Carpes difficiles

Carpes difficiles

Par Bruno Medou

En respectant quelques règles de base, dans la majorité des cas, le plaisir de capturer une carpe est à la portée de tous. Néanmoins, il arrive que les poissons soient boudeurs, tatillons, peu enclins à se nourrir ou encore habitués à déjouer certains pièges. Il faut alors savoir s’adapter pour faire la différence.

Il y a des jours où nous pouvons tenter tout ce qu’il y a d’imaginable ou farfelu, il n’y a rien à faire, les poissons ne sont pas mordeurs, c’est ainsi, c’est la règle, il faut l’accepter. Par contre, par moment, nous savons que les carpes sont présentes car elles sautent, marsouinent, fouillent, bref elles se manifestent et se nourrissent, sans toutefois daigner s’intéresser à nos esches. A titre personnel et en tant que « furieux » de la pêche, je deviens « fou » lorsqu’une telle situation se présente. Si ces jours sont durs pour le moral, ils sont propices à la réflexion. Les pêcheurs qui acceptent l’échec et remettent en cause leurs approches continuellement sont souvent ceux, hormis les « cocus », qui prennent une carpe de plus que les autres quand la pêche se complique. Au fil des années et au gré des capots, on s’aperçoit vite qu’il n’y a pas d’approche type pour capturer régulièrement des poissons. Ce qui fonctionne un jour n’est plus d’actualité le lendemain. Aucune généralité ne peut se dégager d’une belle pêche et je considère que les certitudes sont les pires ennemis du carpiste. Malgré tout, il est possible de sortir son épingle du jeu en partant du principe que l’amorçage, l’esche, et le montage sont les trois principaux paramètres à remettre en cause lorsque les carpes sont en activité mais que le silence des détecteurs demeure.

Carpes dans le sillage

Un poisson se nourrissant en confiance est à mon sens un poisson pris. Cette analyse est vérifiable lorsque l’on met en place un ALT (amorçage à long terme). Les départs sont francs, les poissons bien piqués, et les décroches rares. Cette façon de procéder assez contraignante et onéreuse n’est cependant réservée qu’à une minorité. Beaucoup d’entre nous se contentent de pratiquer des pêches dites au spot. Cette technique est redoutable dans la majeure partie des cas. En effet, les courtes sessions représentent la majorité de nos sorties. Comme il faut déclencher rapidement des touches, c’est très logiquement, qu’on amorce peu. Il m’arrive parfois de pêcher des étangs très fréquentés par des carpistes de toutes nationalités. Les carpes y ont appris à s’alimenter avec discernement. En pêchant de tels plans d’eau, on en apprend beaucoup sur les phénomènes d’adaptation et de comportement que peuvent avoir les poissons envers les appâts et autres montages. Il est alors très enrichissant de modifier son approche afin de provoquer quelques touches supplémentaires. J’aimerais en quelques mots vous relater une expérience. J’ai pu, deux années durant, pêcher un plan d’eau privé très fréquenté par des anglais. J’ai eu la chance pendant mes longues heures de capots d’admirer le bal des « baitboat » mais aussi de partager quelques avis avec des pêcheurs anglais renommés. Lors de la période d’ouverture (mars), jusqu'à la fin du printemps (mi-juin) les carpes venant de passer l’hiver, puis, se gavant avant et après la fraye, se laissaient séduire avec des techniques relativement simples. Au fur et a mesure, j’ai assisté à une évolution très étrange. A chaque sortie d’un bateau amorceur ce dernier était suivi par quelques carpes. Dans les minutes qui suivaient le largage de la ligne, la touche se produisait. Ce lac, pauvre naturellement ne permettait pas aux nombreuses carpes de subvenir à leurs besoins. Elles avaient assimilé la navigation d’un petit engin à une source de nourriture providentielle. Puis, après que de nombreuses carpes aient été capturées de la sorte j’allais être témoin d’un phénomène assez logique. Les poissons suivaient toujours chaque bateau mais une fois le largage effectué, les touches étaient de plus en plus longues à se produire. Les carpes se gavaient des particules de type pellets et micro graines introduites dans les bateaux, mais ne se laissaient plus piquer lorsque des bouillettes étaient eschées ! Voici donc un exemple concret qui démontre que les carpes sont capables de mémoriser un danger. Les Anglais, rois de l’adaptation quand il s’agit de pêcher des carpes « éduquées » ont vite trouvé la parade. Les touches ont repris de plus belle lorsqu’ils ont esché des pellets identiques à ceux distribués dans l’amorçage !

Amorcer n’est pas jouer

L’amorçage stéréotypé est donc un mal a long terme. Les tâches compactes de pellets et autres graines sont extrêmement courantes sur beaucoup de plans d’eau et grands lacs pêchés. Sans en avoir la preuve formelle (car je ne suis ni une carpe ni un sous-marin déguisé en potamot), je suis persuadé que les amorçages sous forme de tâches de granulés en grande densité sont bien moins efficaces que par le passé. Passer d’un amorçage compact à un amorçage de zone est donc souvent l’option qui relance la pêche. Un kilo de pellets réparti sur 20 mètres carré au lieu d’un, a pour effet de mettre les poissons en compétition alimentaire, en les obligeant à devenir plus opportunistes que leurs congénères. Cette façon d’opérer est difficilement concevable en utilisant un bateau amorceur. Elle l’est plus à l’aide d’une véritable embarcation ou bien au moyen d’une canne à bait rocket en étalant les spods sur une large zone. Ce constat, sur un étang très pêché n’est en fait qu’une anecdote car je traîne mes guêtres en majorité sur les grands fleuves et des eaux très peu fréquentées. Néanmoins les phénomènes d’adaptation des poissons par rapports à nos techniques sont certes plus longs à se produire mais ils ont bien également lieu. Qui n’a pas constaté un jour en rivière ou bien dans un petit lac qu’un poste devient bien moins productif au fil du temps, à force d’y pêcher ?. Pensez-vous réellement que c’est parce les poissons n’y sont plus présents ? Je pense plutôt qu’ils sont bien là mais qu’ils modifient simplement leur façon de se nourrir. Toutefois, pour conclure ce chapitre je me permets une aparté. J’estime qu’on ne peut pas vouer aux carpes une quelconque intelligence. J’accepte toutefois volontiers que l’on puisse admettre qu’elles possèdent une « mémoire associative ». Ce qui leur permet de discerner un danger de par leur vécu. En effet, la plupart des comportements des carpes sont dictés par des réflexes élémentaires, innés, ou liés à des tropismes. D’autres comportements sont acquis par l’expérience à force d'actes répétitifs. Evitons donc de « diviniser » ce poisson car dans la plupart des cas, une légère modification de notre approche permet de booster les résultats.

Regard sur les esches

Les fervents défenseurs de la simplicité affirment généralement, que lorsque les poissons sont en appétit, ils peuvent s’alimenter de n’importe quelle esche. Ce n’est pas faux. Mais si cette règle était constamment vérifiée, les appâts haut de gamme n’auraient jamais vu le jour et nous pêcherions encore tous au maïs ou à la patate. Prenons le cas du maïs. De nombreux pêcheurs sont accros à cette graine. Tout le monde admet qu’elle est très économique et réellement efficace, notamment en rivière. Cependant même si sa richesse en hydrate de carbone pallie souvent à(on ne dit pas « pallier à », mais pallier tout court) une carence alimentaire des carpes, les 3, 4, ou 5 (voire plus), petits carrés jaunes eschés à la suite sur un cheveu perdent tôt ou tard de leur attrait. En effet, ils finissent par être assimilés à un risque, cela est indéniable et vérifiable. J’ai souvent constaté en plan d’eau, comme en rivière que passer d’un chapelet de cinq grains de mais sur un cheveu à un seul, permettait de déclencher à nouveau des départs. Cela me paraît normal de concevoir que plus l’appât ressemble physiquement (même poids, densité et taille) et d’un point de vue olfactif à celui dont est constitué notre amorçage, plus le poisson aura tendance à s’en saisir avec confiance. Si en plus votre montage est assez discret, votre esche se fondra au milieu du repas servi. En résumé, le montage ne doit pas éveiller la méfiance des carpes qui ont consommé plusieurs appâts identiques à celui esché sans se faire piéger. Vous pouvez encore améliorer l’efficacité de cette méthode en diminuant la taille de l’appât esché. Cette méthode est assez rentable pour parvenir à capturer des poissons méfiants. Je pars toujours du principe que l’appât esché au bout de mon hameçon, et situé sur une zone amorcée, est le dernier consommé. Partant de ce fondement, j’amorce peu, voire pas du tout. Lorsque les poissons sont peu actifs, boudeurs, ou tatillons, je joue avec la couleur de mes esches.

En effet, il faut savoir que les pupilles des yeux des carpes ne fonctionnent pas comme les nôtres, autrement dit comme le diaphragme d’un appareil photo qui laisse plus ou moins passer de lumière. Les poissons sont donc très sensibles à l’exposition aux rayons lumineux. Cela expliquerait en partie pourquoi on parvient à calmer une carpe sur un matelas de réception en lui masquant les yeux avec la paume de la main. Selon l’exposition au soleil et la transparence de l’eau, une carpe voit (dans des conditions optimales) jusqu’à environ 10 mètres. Les carpes étant des poissons opportunistes et curieux il est donc possible de déclencher une touche à l’aide d’un appât clair, brillant ou phosphorescent. Pour garantir la visibilité de l’esche il faut que cette dernière ne s’enfouisse pas dans une couche de vase ou un fond recouvert de feuilles comme cela est souvent le cas en automne. Il est donc préférable d’opter pour des présentations flottantes.

Mes couleurs préférées pour cette approche sont le jaune et le blanc. Beaucoup de marques proposent ce genre d’appât mais celle qui a ma préférence est la toute nouvelle gamme de mon ami Franck. Elle comporte des bouillettes aux couleurs « Stabilo » : jaune, rose, noir, blanc, orange et phosphorescentes !

Le running rig, ma révolution

Lorsque les carpes s’alimentent de façon ponctuelle, la moindre négligence peut être synonyme d’échec. Dans ces cas précis je pense qu’il faut que l’esche bénéficie d’un maximum de liberté. Il en va de même pour toutes les parties du montage qui doivent être suffisamment mobiles pour qu’aucune résistance ne soit ressentie lors de l’aspiration de l’esche. Certains me diront que cela va à l’encontre du principe selon lequel plus la carpe subit instantanément l’inertie du plomb, plus elle est piquée rapidement et correctement. Certes, c’est un fait, mais quelques expériences récentes sur des eaux différentes nous ont démontré, avec mon ami Paco, qu’une simple modification du montage influant sur son comportement mécanique pouvait provoquer une ou deux touches supplémentaires. Il est bien évidemment impossible d’être sûr à 100 % que le montage est l’unique élément ayant permis de capturer ces quelques poissons bonus, mais sincèrement je le pense compte tenu du nombre de fausses touches enregistrées avec un montage classique. J’emploie donc dans ces conditions particulières un running rig qui est par définition, coulissant. Il laisse partir la carpe avec le montage sans qu’elle ne sente de résistance. Pour être totalement cohérent avec cette technique, j’emploie des hangers extra light afin qu’aucune résistance entre l’esche et le premier grincement de mon moulinet ne se fassent détecter. Une petite butée sous la forme d’une perle spécifique permet de régler la distance sur laquelle le montage coulisse. Cela ouvre encore d’autres possibilités en donnant peu ou plus de liberté à la carpe. J’aime aussi ne pas coller l’esche à la hampe de mon hameçon. J’ai remarqué que les carpes étaient ainsi mieux piquées. Je prends également soin de la présentation en enfilant un petit morceau de gaine par la pointe de l’hameçon afin que le cheveu s’aligne parfaitement dans la continuité du crochet. Les back lead quant à eux apportent un plus coté discrétion mais retardent un peu trop les touches à mon goût. La solution passe par l’utilisation d’un back lead volant qui se positionne juste au-dessus de votre leadcore, anti-angle, kamo leader ou autres… L’avantage est que ces back lead permettent de plaquer simplement les deux ou trois derniers mètres de votre ligne en ne retardant pas les premiers bips.
La capture d’un poisson supplémentaire tient parfois à une multitude de petits détails. En être conscient permet de s’appliquer, mais surtout de mettre toutes les chances de son coté.

Les pêcheurs qui remettent en cause leurs approches continuellement, sont souvent ceux qui parviennent à prendre des carpes quand la pêche se complique

L ’amorçage, l’esche, et le montage sont les trois principaux paramètres à remettre en cause, lorsque les carpes sont en activité mais qu’aucun départ ne se produit.

Plus l’appât esché ressemble physiquement et d’un point de vue olfactif à celui dont est constitué notre amorçage, plus le poisson aura tendance à s’en nourrir avec confiance.

Lorsque les carpes s’alimentent de façon ponctuelle, la moindre négligence peut être synonyme d’échec.

3 commentaire(s)Commentaires

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  • Par erhyck le 09/03/2010 : Je vais voir pour rajouter dans le dossier, ta demande Jeba ;-)
  • Par David25 le 09/03/2010 : Merci Bruno, pour tous ces précieux conseils.
  • Par jeba37@hotmail.fr le 23/01/2010 : très bien expliquer =D si quelqu'un conné bien comment pécher en graviere difficile 'poissons éduquer et nourriture naturelle abondante) je voudrai des conseils
    mon msn:jeba37@hotmail.fr

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