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Première approche en gravière

Bien débuter en gravière

Par Stéphane Guicanti

Il semble justifié de rédiger pour ce type de plan d’eau un texte bien spécifique, tant la pêche en gravière peut être particulière. En effet, ici, nous ne sommes plus tout à fait en étang, mais pas encore en lac de barrage. Cela ne signifie pas pour autant que je fais le distinguo entre ces étendues d’eau par leur taille, ni par leur profondeur, mais par une présentation qui bien souvent ne colle à aucun des deux autres.

Je prends l’exemple des gravières dont nous disposons en région Rhône-Alpes : elles sont innombrables, tout au long du cours du Rhône, dans l’Ain, en Savoie et Haute Savoie. Elles résultent d’un travail d’extraction des matières premières nécessaires à la construction de gros œuvres et ouvrage d’art, comme c’est le cas des « casiers de Malourdie » à Seyssel, dans l’Ain. Pour ce cas, ces « casiers » sont en fait 11 trous de 2 à 3 hectares qui ont été creusés pour produire la quantité de roche nécessaire à la construction de la digue du fleuve. La loi française obligeant les exploitants de carrières à mettre en eau et même à empoissonner ces trous béants inesthétiques en fin d’exploitation, nous voici avec autant de petit plans d’eau à la disposition de la fédération de pêche, quand celles-ci en manifestent l’intérêt ! C’est en fait de leur origine que provient à mon sens ce qui diffère les gravières du reste des plans d’eau. Elles peuvent avoir des étendues diverses, certaines que je pratique affichent plus de 50 hectares, mais ont en général une topographie propre à elles, bien particulière ! Du coté de Seyssel, pour reprendre le même exemple, ces « flaques », comme les appellent les mauvaises langues, comportent des fonds qui descendent à plus de 15 mètres !

De plus, à l’inverse des autres places citées, elles ne comportent ni barrage, ni système de vidange
Un autre point qui les caractérise souvent, c’est la qualité de l’eau qui les remplit. Elle provient pour la majeure partie des nappes phréatiques qui ont été atteintes lors des opérations de creusage.
Bien souvent, pour le plus grand plaisir des yeux d’ailleurs, elle est d’une couleur et d’une limpidité qui est aussi agréable que problématique : En effet, une eau aussi claire nous amène immanquablement à repenser toute notre approche concernant les qualités de nos montages, en terme de présentation et de discrétion ! Ici, le fluorocarbone de qualité, ou les tresses dites camou bien choisies, sont de rigueur ! Ces conditions amène leur part de technicité qui n’est pas pour me déplaire, tant elle est matière à réflexion, à diverses expériences… Une pêche des plus intéressantes, loin de toutes les approches classiques et stéréotypées.

Ce raisonnement vient de lui-même à l’occasion d’une sortie en bateau, pour la 1ére phase incontournable ici du sondage, ou lors de la dépose à la main, lorsque surpris vous constatez qu’il vous est possible de poser et aligner correctement le montage à vue, alors que vous flottez sur plusieurs mètres d’eau !
Ce sondage se devra d’être méticuleux, si possible au moyen de cet outil merveilleux qu’est l’écho-sondeur. si vous en êtes heureux propriétaire. Mais tout merveilleux qu’il soit, il n’en est pas moins infaillible, et je seconde toujours son excellent travail par une étude des fonds de l’endroit à l’aide d’une tresse au bout de laquelle est attaché un plomb d’au moins 100gr. Rien de tel pour se donner une idée précise de la nature des fonds. Je sais ainsi si mon montage se posera sur un fond plus ou moins mous, de la vase à la glaise, ou une couche de limon…Information à laquelle je tiens beaucoup, gardant à l’esprit le souvenir d’une sortie avec deux amis dans une grande gravière de l’Ain, où un des mes compagnons et moi-même avions fait le choix de pêcher des taches de graviers bien visibles au milieu d’herbiers : hot-spot brûlants ? capot sur deux jours, alors que le troisième, le fourbe du groupe posait dans la première nuit quatre poissons, de 12kg jusqu’à 25kg !! pourquoi ? comment ?? il avait juste fait le choix de pêcher les fonds mous… Alors c’est un coup l’un, un coup l’autre ?
Revenons à la topographie . Gardons à l’esprit que le site a été à la base créé pour en extraire de la roche. Les grand fonds uniformes, les grands plateaux ne sont pas légion. A se demander parfois si les premiers trous n’ont pas été le résultat de quelques bâtons de dynamite ! Puis c’est à grand coup de pelles, d’excavatrices que le travail d’extraction a été fait, secondé par une ronde de camions-benne, pour lesquels des chemins ont été aménagés. Je vous laisse imaginer le résultat quelque peu chaotique obtenu. Voilà pourquoi le travail de sondage est aussi important, autant par son utilité que par le temps qu’il nécessite. Il ne sera pas facile de faire un choix entre tous ces « hot-spot » que votre écran va vous révéler. Une fosse qui sonde à 15m, après une pente douce ? un haut-fond herbeux de quelques mètres carrés ? et cette belle cassure sur la gauche, non loin de cet arbre immergé ?
Un endroit que je ne manque jamais de prospecter, si tant est que je le trouve, c’est le gros amas rocheux, éboulis qui procure pitance et refuge à nos douces écaillées ! Celui-ci est une aubaine pour toutes sortes de mollusques, gastéropodes et autres crustacés qui trouvent dans ses interstices la cachette idéale ! Ne doutons pas que les carpes le savent également…

Personnellement, s’il en est un que j’affectionne tout particulièrement, c’est le fameux chemin qui était destiné aux camions : il commence dans un des grands fonds, ou à proximité, et traverse ensuite une bonne partie du plan d’eau pour revenir vers une berge. Il pourrait à lui seul concentrer toute notre attention, et recevoir tous nos montages. (Même si je m’y refuse) Imaginez un peu : pour peu qu’il fasse un cinquantaine de mètres de long, avec une canne déposée entre le début et la fin de cette pente, tous les quinze mètres, nous prospectons toutes les couches d’eau,  ! D’ailleurs, non loin de son début, il devrait normalement y avoir une surface plane, sans accroc, qui servait de parking, d’aire de stockage des engins !
Un autre endroit qui se pratique de plus en plus dans toutes pêches, mais qui prend ici toute son importance, qui devient incontournable : Les bordures ! Celles-ci proposent un profil des plus intéressants. Elles présente quasi systématiquement une nette cassure, à quelques mètres seulement du bord, parfois à peine à deux longueurs de cannes, que les carpes ne peuvent que longer : c’est un lieu de passage qu’il ne faut absolument pas négliger.
C’est pour ces raisons qu’ici la pêche au spot prend tout son intérêt. Lors d’une 1ère sortie sur un plan d’eau de ce type, après avoir localiser plusieurs endroits prometteurs, il va falloir entamer une pêche par « élimination ».

J’entends par là de procéder spot par spot, en lui accordant le temps que vous estimez suffisant pour qu’il produise un poisson. Dans le cas contraire, ne pas l’abandonner pour autant, car vous êtes convaincu de son potentiel, et vous l’avez probablement un peu amorcé, même légèrement. Il sera intéressant de s’en rapprocher plus tard, à d’autre moment de la journée, voire de la nuit si cela vous est permis.

Une fois un, ou je l’espère pour vous plusieurs, spot déclaré productif par votre tapis de réception mouillé, il est important de ne pas trop s’y concentrer. La clé du succès réside dans l’obligation de ne pas céder à la tentation d’y déposer une seconde canne, sous peine d’effrayer vos futures captures. J’irai même jusqu’à dire qu’il faudrait accepter, après une bonne localisation précise de l’endroit, de l’ « abandonner » pour le reste de la session ! D’une part, celui-ci va être mis au repos, et d’autre part, vous voici de retour avec l’intégralité de votre « puissance de feu » pour continuer ce travail de sélection des spots, un par un, canne par canne. Je conviens qu’il n’est pas facile de se faire violence de la sorte, se contraindre à ne pas se dire : même motif, même punition ? renoncer consciemment à faire du poisson, en quelque sorte…mais c’est pour l’intérêt de votre pêche, présente et surtout future !
Une partie de cet article se doit d’être consacré au nerf de la guerre, à ce qui suscite autant d’engouement que de questions : les appâts !

Je ne vois rien dans la pêche des gravières qui justifierait que l’on change radicalement de nos habitudes. Notons tout de même que les gravières, pour la plupart de celles que je connais, regorgent littéralement de nourriture naturelle : moules de tous types, corbicules, gammares sont au menu de nos chères et en quantité ! Misons donc sur la qualité de nos offrandes, plutôt que la quantité, comme souvent ! Jouer la carte de l’attraction visuelle, tenter de piéger une belle par l’effet leurre, avec un de ces appâts classés comme « alternatifs », peut-être une solution payante.
Avec toutes sortes d’esches, j’ai eu l’occasion de rencontrer des carpes de toutes tailles, aussi bien avec les graines (particulièrement la tiger) que les billes, en passant par le pellet. La seule variable à mettre dans votre équation d’approche est : la quantité de nuisibles, car bien souvent, ces petits trésors aux eaux turquoises hébergent leur quota de matous, et ceux-ci se montre d’une virulence décourageante à le belle saison ! Donc si vous avez opté pour une pêche la bille, vous saurez choisir dans le catalogue des différentes parades les solutions à apporter. Le filet à souvent ma préférence si ces petits goinfres sont très actifs.

Ces situations ont d’ailleurs été pour moi l’occasion de ma première tentative avec les gaines thermo-rétractables, avec un succès que je n’attendais pas. Sans cela, une taille d’appât conséquente (mini 24 mm), si possible un peu séchée pour la durcir, permet de pêcher sereinement quelques heures. Pensez d’ailleurs à compter avec les bestioles à pinces de toutes races, qui n’auront de cesse d’essayer de vous la chiper, en tricotant le bas de ligne au passage ! J’utilise pour cela un fluoro parmi les plus raides du marché. J’ai cru comprendre que pour parer à ce désagrément, les présentations décollées de quelques centimètres compliquaient grandement leur travail. Il doit être bien plus difficile de rogner un appât flottant, qui n’offre aucun appui stable sur le fond. Comme ce vieux jeu qui consistait à essayer de mordre une pomme qui flottait dans une bassine sans l’aide des mains, uniquement avec les dents. Ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas, peuvent en tout cas aisément se figurer la difficulté de la chose rien qu’en l’imaginant. Je suis convaincu qu’il en est de même pour nos ennemis à pinces et à piquants…
En ce qui concerne mon approche sur un nouveau terrain de jeu, pour essayer de déclencher les départs le plus vite possible, et effectuer de ce fait le travail de sélection des spots décrit plus haut, je procède presque toujours de la même façon : une belle pop-up, souvent fluo, qui surplombe d’1 ou 2 cm un petit stick que j’essaie de rendre le plus attractif possible. Chacun y va de sa recette, mais j’aime y combiner du pellet de diamètre et dissolution différents, quelques billes coupées ou écrasées, le tout lié avec une farine soit maison, soit avec un des mélanges tout prêts du commerce, on en trouve maintenant de très efficaces !
Si l’on profite d’une dépose en bateau, une petite poignée de maïs doux mélangée à un peu de chènevis est incomparable en matière d’instantanéité !
Une fois tous vos pièges en place, pas un instant je ne quitte le miroir des yeux : le moindre chapelet de bulles, la plus petite dorsale qui crève la surface est une information qui vaut de l’or !

Abordons la question du matériel : tout passe par la discrétion, que l’on n’obtient que par un minimum de finesse, d’accord… Mais il me semble que pour mener à bon terme un combat qui sera souvent « autoritaire », il est aussi utopiste qu’inutile de tendre une ligne inférieure au 30/100ème ! J’irai jusqu’à préconiser un 35/100ème pour avoir le bon compromis entre résistance et diamètre. De toute façon, je prends toujours le soin d’ajouter une tête de ligne avec un bon fluorocarbone de fort diamètre, dont les deux derniers mètres seront plaqués sur le fond par un de ces nouveaux « front-lead », d’environ 7 à 10 gr. Leur avantage est qu’ils n’ont quasiment aucune incidence sur la perception de la touche comme pourraient le faire des back-leads classiques.

Pour conclure, je vous confierais que cette pêche est une de mes préférées,(avec celle qui m’amène au bord des rivières et fleuves), tant elle est techniquement intéressante, et productive en enseignement ! D’autre part, je vous garantis que vous aurez affaire, en général, à des poissons d’une santé et d’une vivacité qui n’ont rien à envier aux communes de certaines rivières, et qui ont une connaissance parfaite des fonds et de tout ce dont raffolent nos montages : roches bien saillantes aux arêtes affûtées, arbres morts aux branches couvertes de moules…Et que dire du plaisir, de l’émerveillement même d’apercevoir votre prise entre deux eaux, qui bagarre à 15m de là. Ces moments procurent tellement de sensations que le taille de la prise en elle-même n’importe pas tant que le spectacle qu’elle vous a offert. Les remises à l’eau prennent également une autre dimension, vous laissant admirer l’ex-captive remuer doucement la caudale comme un au revoir.
Et tout ça, ça vaut bien de se creuser un peu la tête, non ?

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