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Première approche en étang

Bien débuter en étang

Par Bruno Medou.

Nous avons tous au cœur le souvenir ému de nos premières parties de pêche … Et pour la plupart d’entre nous, nous avons fait nos armes au bord de petits plans d’eau, pour ne pas dire dans la mare du village, où tout ce qui voulait bien mordre était le bienvenu ! J’ai une affection particulière pour les étangs, ces milieux clos si particuliers, qui semblent se ressembler tous et qui sont pourtant tous différents à aborder. Il faut garder à l’esprit que c’est au bord des étangs qu’est née et s’est développée la pratique moderne de la pêche de la carpe. En effet, nos voisins britanniques pratiquent presque exclusivement dans des « pools » (étangs), pour la simple raison qu’il n’y a pas de grands lacs sur leur territoire, et peu de fleuve, exceptée la Tamise. Toutes les techniques que nous utilisons aujourd’hui ont donc été à la base développées pour des pêches en étang, avant d’être adaptées à nos eaux continentales, dont les exigences sont bien différentes (voir « débuter en fleuve » ou « débuter en barrage »). Une grande partie de l’histoire, pour ne pas dire de la légende de la pêche de la carpe, s’est donc écrite au bord des « redmire pool », « school pool », ces fameux petits lacs anglais.

 

En substance, retenons qu’un étang est une surface d’eau de taille réduite, de profondeur relativement faible, d’origine naturelle ou humaine, et dont la vocation majoritaire est la production de poissons. Ce qui tombe plutôt bien dans notre cas !

Fonctionnant en milieu clos, l’étang est un biotope particulier en raison de l’absence de marnage et de courant. D’un point de vue halieutique, c’est sur ce type de terrain de jeu que l’on peut exploiter au maximum les aspects techniques de la pêche de la carpe, et pratiquer une pêche aux aspects multiples et variés allant de la pêche « classique » avec toutes ses variantes(montage fixe, coulissant) jusqu’au stalking et à la traque en surface. Aucun autre type d’eau n’offre autant de possibilités, et les barrages, grands réservoirs et autres fleuves nécessitent des pêches généralement plus simples, du moins sur le plan technique.

LE MATERIEL

Les indicateurs de touche : sans aucun doute, il n’y a pas mieux que les hangers pour les pêches en étang. Très sensibles, pouvant être allégés au besoin du type de pêche, fils détendus en extrême bordure, ou alourdis pour les pêches distantes, ils sont parfaits, que ce soit avec du nylon ou de la tresse. Concernant les détecteurs, rien de particulier à signaler, si ce n’est que dans certaines situations les modèles à détection par vibration, ultra-sensibles, peuvent avoir leur utilité … mais avouons que cela reste extrêmement rare !

Les cannes : a priori, on pourrait penser que le fait de pêcher de faibles étendues d’eau induit l’utilisation d’un matériel très léger et peu puissant. Paradoxalement, je pense tout le contraire pour plusieurs raisons. D’abord, l’utilisation du bateau est rarement autorisée en étang. Contrairement à la pêche de barrage, ici on va généralement lancer systématiquement ses montages, avec la nécessité d’être précis. Atteindre des coups parfois éloignés, nécessite l’emploi de cannes performantes et relativement puissantes, ce qui exclu l’emploi des cannes courtes dans ce genre de situation. Si vous avez les moyens de vous offrir deux jeux de cannes, l’idéal sera alors de posséder pourquoi pas, un jeu de cannes de 10 pieds qui vous donnerons un plaisir maximum pour les pêches de bordures, et un jeu de cannes de 13 pieds pour 3lbs à 3,5lbs de puissance qui vous permettront, lorsque cela sera nécessaire (c'est-à-dire rarement dans la pratique), d’atteindre des spots très éloignés avec précision, ou simplement de pouvoir lancer efficacement un gros sac soluble ou une grosse boule de « method » face au vent.

Les moulinets : rien de particulier à signaler de ce côté-là, car un moulinet robuste avec une bonne contenance fera face à toutes les situations.

Le corps de ligne : il n’y a pas d’autres règles en la matière que l’adaptabilité au milieu pêché. Sur une eau très dégagée, sans obstacles majeurs, il m’arrive régulièrement d’utiliser un nylon de 28° avec un brin d’arraché, lequel me permet d’atteindre des distances confortables. Dans des situations plus encombrées, un nylon de 35 ou 40 centièmes fait le job parfaitement. Et enfin lorsque je traque les carpes au cœur des herbiers, des nénuphars, ou lorsque mes montages sont posés très près d’obstacles et que je dois intervenir très vite, rien de tel qu’une tresse qui cisaille sans mal les végétaux et permet un contact direct par son absence d’élasticité.

LES MONTAGES

C’est dans ce domaine que la pêche en étang est particulièrement passionnante, pour toutes les possibilités qu’elle offre. Tout est possible, et les montages les plus sophistiqués y côtoient les plus simples. Le fait de pouvoir pratiquer des pêches plus fines qu’en fleuve ou barrage, permet aux imaginations les plus fertiles de développer des pièges parfois diaboliques, qui ne résisteraient pas au premier rush d’une commune du Rhône, mais qui peuvent trouver leur intérêt sur des poissons éduqués sur des eaux calmes.

Une règle simple à laquelle j’essaye d’être fidèle dans ma pratique de la pêche, est de ne pas compliquer ce qui ne doit pas l’être, et pas sans une raison valable. En matière de montage le mieux est souvent l’ennemi du bien … Inutile à mon avis d’utiliser des montages très élaborés, articulés, 2D, 3D, 360° ou que sais-je encore si vous aller pêcher un petit étang vierge de toute pression de pêche. En revanche, une réelle réflexion sur vos montages pourra (je n’ai pas dit « devra ») être nécessaire si vous ne pratiquez que des eaux subissant une pression de pêche constante depuis des années. Avouons que c’est aussi une affaire de goût, certains ayant une passion pour le développement et l’utilisation de montages très sophistiqués, ayant pour but selon leur concepteur de piquer mieux et plus de carpes. D’autres préfèrent rester simple, misant sur la confiance qu’ils ont en deux ou trois montages simple, fiables et ayant faits leurs preuves.
En ce qui me concerne je suis un adepte de la finesse et des montages techniques. En majeur partie les petits étangs que nous pratiquons sont dépourvus d’obstacles et pêcher avec un crochet et de la corde n’est pour ma part pas très fairplay. Je préconise donc de pêcher à armes égales et d’utiliser des hameçons de tailles comprises entre du 10 et du 6 (voir 4 en cas extrêmes ou lorsque l’on souhaite utiliser des gros appâts). Un simple petit d-rig fait dans la plupart du temps, l’affaire mais un petit chod-rig ou un blow back rig (voir rubrique montage est aussi très souvent approprié.

APPROCHES

En préambule rappelons qu’il s’agit dans cet article de vous donner les bases d’une première approche. La pêche, ayant des facettes multiples selon les lieux et les conditions du moment, il va de soi que ces conseils n’ont rien d’exhaustif ni de définitif !On parle très souvent de l’observation et de la localisation comme étant la clé du succès de notre pêche. Rien n’est plus vrai en ce qui concerne la pêche en étang. Tout d’abord parce que la surface à observer est généralement plus faible et moins agitée (pas de courant comme en fleuve, et beaucoup moins de vent qu’en lac), et ensuite parce que généralement les poissons se manifestent plus souvent en étang par leurs sauts et/ou marsouinages, ce qui permet de pouvoir s’adapter rapidement aux déplacements des carpes.

Car à mon sens l’approche de la pêche en étang doit impérativement être mobile. Rester les fesses vissées sur son level-chair à attendre un hypothétique départ alors que les poissons sont actifs à 300 mètres sur la gauche me semble un calvaire ! A moins de ne pouvoir se déplacer (enduro, poste fixe sur un plan d’eau payant), il me semble plus judicieux d’aller vers le poisson plutôt que d’essayer de le faire venir à soi.
Bien, entrons dans le vif du sujet  en prenant comme base les deux situations décrites ci-dessus :

La pêche à poste fixe : vous avez choisi de vous installer pour un ou plusieurs jours sur un poste qui vous semble prometteur. En fonction de l’espace dont vous disposez, et à moins d’être certain d’une grande concentration de poissons à un point précis, il sera utile de commencer votre session en étalant au maximum vos montages sur des zones aux caractéristiques différentes : bordure d’herbier, de nénuphars, d'arbres immergés, haut fond, enrochements de la digue, différences de substrat, etc. Le but étant de découvrir où s’alimentent les carpes, puisqu’il faut garder à l’esprit qu’elles ne se manifestent pas forcément là où elles se nourrissent ! Concernant l’amorçage, cette pêche dite au spot, n’empêche pas d’amorcer légèrement une plus large zone afin que les poissons en maraude rencontrent vos appâts et s’y habituent en dehors du « ring » ! Sur chaque canne, j’aime mettre un mélange très attractif de petites particules (chènevis, graînes pour oiseux d’ornement, farines, pellets, etc.) qui créent rapidement de l’activité autour des montages, en utilisant pour cela un spod si le bateau n’est pas autorisé.. Un gros sac soluble, une chaussette ou une boule de method ne gâchent rien pour compléter cette approche, et permettent de plus, d’assurer la présentation parfaite du montage sans qu’il soit emmêlé lors du lancer. Quelques appâts de taille plus conséquente, accompagnent ce menu qui ne laisse que rarement les carpes indifférentes. Bien sûr, en fonction de l’activité des carpes et des « indésirables » (gardons, brèmes, etc.) il faudra regarnir la table régulièrement, en se rappelant la règle d’or édictée des milliers de fois : il est toujours plus facile d’en mettre que d’en enlever .

La pêche mobile : il ne s’agit pas ici nécessairement de «stalking », cette pêche à roder à une canne très en vogue depuis quelques temps. On peut très bien être mobile en utilisant deux cannes, un matériel réduit et allégé, et se déplacer pour tenter de séduire des poissons sur leur zone d’activité en pêchant quelques heures, puis en se déplaçant à nouveau. Cette traque est souvent payante en étang et permet de tirer son épingle du jeu, lorsqu'une pratique classique reste improductive. Dans ce cas de figure, l’utilisation de sacs et/ou chaussettes solubles prend toute sa dimension en permettant un micro amorçage extrêmement précis autour de votre piège, complété par quelques appâts disséminés à proximité au cobra ou à la fronde (bien plus précise). Il ne faut généralement pas longtemps pour savoir si votre choix est le bon, puisque vous êtes censés pêcher sur le poisson ! Si rien ne se passe au bout d’un certain temps, vous pouvez changer de poste et tenter une autre approche. C’est plus « fatiguant » qu’une approche classique, mais c’est une pratique particulièrement palpitante qui rompt avec l’image ultra-statique de notre pêche.

Le Stalking et la pêche en surface : voilà bien une pêche typique d’étang. Il s’agit de se déplacer en permanence à l’aide d’une seule canne pour pêcher « à vue », ou sur des signes d’activités (fouilles, marsouinages), le tout à très courte distance et avec un matériel adapté (canne très courte de 6 à 9 pieds, tresse). On utilise alors un petit flotteur et généralement une esche disposée directement sur l’hameçon et non sur un montage au cheveu. Pain, maïs doux, vers de terre, bouquet d’asticot, ce sont des appâts attractifs et « immédiats » qui sont alors utilisés dans cette discipline particulière où l’adrénaline est toujours au rendez-vous ! Combattre une carpe après l’avoir vue aspirer votre piège à 5 mètres du bord est un moment exceptionnel .

La pêche en étang, parfois décriée et jugée moins « noble » que la pratique dans de vastes étendues sauvages, offre donc des possibilités extrêmement intéressantes et variées, où les amoureux de technicité trouvent leur compte autant que ceux qui souhaitent simplement passer un agréable moment entre deux sessions plus « extrêmes ». Les étangs, on finit toujours par y revenir ….

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