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Première approche en canal

Bien débuter en canal

Par Bruno Medou

Photos de Bruno Medou et Yves Indjeyan

Les canaux sont nombreux en France, créés pour développer le commerce fluvial, ils relient souvent les rivières et méandres comme ceux de la Seine ou de la Marne. Il existe aussi des portions de rivières canalisées comme dans le Rhône ou le Rhin afin de faciliter la navigation. Mais nous nous intéresserons principalement aux canaux de dérivations, qui forment un réseau hydraulique très dense, mais également très riche. Ici, les canaux sont séparés par des écluses, et forment des biefs plus ou moins longs. Ces biefs nous facilitent donc la tache, puisqu’ ils nous permettent de cibler les poissons recherchés. En effet, d’un bief à un autre, la population peut changer du tout au tout, à cause de multiples facteurs induits par l’activité humaine, qui s’impactent sur la nature des berges, la topographie, le développement de la nourriture naturelle, etc… Les canaux offrent donc un potentiel formidable sous un aspect fade. Effectivement, quoi de plus démotivant que de pêcher un linéaire, souvent en proie à des vents violents, où la navigation est régulière, ou les spots se comptent sur les doigts de la main, dans lesquelles les carpes sont, pour la plupart de grandes nomades…Ces difficultés une fois domptées, c’est une pêche extrêmement passionnante qui s’offre à vous, et très riche d’enseignements ! Suivez le guide.

Le choix du canal

On peut distinguer 2 familles, les canaux de petits gabarits, tels que le fameux Kempish canal en Belgique, et les canaux à grand gabarit comme le canal Albert dans le même pays.
Les canaux à petits gabarits offrent une approche plus facile pour les débutants. Leur largeur dépassent rarement les 50m, le courant y est quasi nul, et la navigation limitée à de petits plaisanciers. Dans ce type de configuration, on peut cerner beaucoup plus facilement un spot, car les biefs sont nombreux, d’autant plus qu’ici, les canaux se recoupent très fréquemment.
Contrairement aux petits gabarits, les grands canaux correspondent  plus à une pêche de rivière, tellement ils sont larges et le courant parfois soutenu. Le trafic est beaucoup plus intense, des convois pouvant atteindre 4 400 tonnes naviguent régulièrement sur ce type de canal. Les tirants d’eau de ces engins sont impressionnants, et sont à l'origine de véritables marnages à leur passage !
Le débutant se dirigera donc plus vers des canaux de petits gabarits alors que l’initié ira tenter les grands canaux.

Le choix du poste

Une fois le choix du canal effectué, il faut comme partout trouver un poste.
On distinguera la macro observation, c'est-à-dire les postes visibles, et la micro observation qui induit un sondage méticuleux.
Un canal quelque soit le gabarit offre malgré son aspect monotone de nombreuses possibilités:

-On trouve souvent des ponts, avec des piles, ici il est clair que le poisson nomade marquera un arrêt pour se délecter des moules et de la mousse collés a la pierre, alors que les sédentaires y trouveront un abri sûr, et de la nourriture à profusion. Ce type de poste est un spot de premier choix, mais il peut s’épuiser rapidement,  tant il est précis et la population de carpes y est concentrée,  je vous conseille donc de tourner régulièrement avec d’autres postes.
Les rétrécissements et élargissements de berges offrent une nourriture abondante, car en fonction du courant ou du passage des bateaux, il s’amasse énormément de débris dans ces angles. Créant ainsi sur le fond une couche de vase nourricière. A prospecter surtout avec des appâts allégés, comme des pop up ou des graines.
Les avals et amonts d’écluses sont souvent visités par les carpes qui viennent rechercher oxygène en été, et chaleur en hiver. En effet, les mouvements d’eau créent par les ouvertures et fermetures d’écluses, et les incessants passages de bateaux brassent continuellement l’eau. Les couches d’eau sont mélangées en permanence, et la température est totalement diffèrente du reste du bief. Le fond est aussi perpétuellement retourné, la nourriture est beaucoup plus accessible pour les poissons, qui n’ont qu’à nager, bouche ouverte pour savourer les vers de vases et autres aliments en suspension.

Toujours à cause de l’activité humaine, les chenaux restent des valeurs sûres. Les péniches sillonnent ce tronçon quotidiennement, les couches d’eau sont en mouvement, l’oxygène y est important, et le fond est en majeur partie propre et dur. Poste de premier ordre en été.
Les marinas, et autres pontons d’accostages, sont aussi excellents en toutes saisons. Les manœuvres des péniches, ainsi que la chaleur des péniches habitées, sont autant de facteurs intéressants  pour toucher rapidement des poissons.

Enfin, il est assez rare d’en trouver, et dans ce cas, c’est l’idéal l’hiver, les rejets d’eau chaude des usines et centrales nous offrent au cœur de l’hiver un biotope actif. Le Kempish Kanal en Belgique entre dans cette configuration, et l’on connaît bien son potentiel en gros poissons. C’est d’ailleurs sur ce type de poste, que la grosse commune de ce canal est tombée il y a deux ans en plein hiver.

Dans les canaux plus sauvages dépourvus de navigation, l’observation est beaucoup plus simple et rapide, les plaques de nénuphars, les bois morts, les bandes d’herbiers sont facilement repérables. Une chose à préciser néanmoins sur ce type de parcours, l’abondance des spots peut souvent rendre le choix très difficile, dans ces cas la, il faut énormément observer. Il faut à tout prix déceler une trace d’activité, il arrive que sur de très longs biefs sauvages, les carpes se trouvent sur des spots bien précis. Les carpes dans des milieux riches se sédentarisent plus facilement et réduisent leurs champs d’action.

 La bordure même sous les cannes doit être absolument exploitée ! Le plus souvent cette zone est encombrée de pierres, de cailloux, avec des poches de vases, les écrevisses, moules d’eaux douces, vers de vases, escargots d’eau et autres mollusques et invertébrés y sont concentrés. Les carpes ne s’y trompent pas, et visitent très souvent ces zones ou la nourriture est abondante…
 

Le sondage

-Après avoir trouvé un hot spot, il est intéressant d’y découvrir la topographie pour optimiser sa pêche et ne pas passer à coté de spots subaquatiques invisibles a l’œil nu.
Tout comme dans d’autres lieux, il faut sonder avec de la tresse, car elle est totalement rigide et sans mémoire. Tous les aspects du fond sont transmis du plomb jusqu'au pommeau de la canne. Canne basse parallèle a la berge, on tire sur le plomb délicatement sur 1m, jusqu’à la bordure. On ressent alors « des tocs tocs », le plomb accroche, et résonne dans la canne ? C’est des cailloux, Ca glisse énormément et ça n’oppose pas de résistance ? Fond dur, sûrement des graviers. Pour un fond de graviers avec des herbiers, le plomb sera marqué par des à-coups flous, mais lourds, avec l’impression de déplacer le fond. Ca glisse mais le plomb à l’air de s’enfoncer légèrement, ça oppose un peu de résistance ? C’est du sable. Le plomb est bloqué dés son arrivée sur le fond, et je tire énormément sur la canne pour le décoller ? C’est de la vase. Le plus souvent la structure du fond est liée à sa topographie. C'est-à-dire, qu’en bordure on a une cassure franche souvent constituée de pierres, et d’herbiers, avec de la vase pour l’extrême bordure. Une marche suit la cassure, avec de la vase dans l’angle, accumulée par les mouvements d’eau. Puis une autre cassure, empierrée, qui descend jusqu’au chenal. Juste dessous cette dernière cassure se trouve aussi une légère couche de vase, au milieu du chenal on trouvera un fond relativement dur en fonction de l’activité fluviale, qui est souvent parsemé de dresseines.

Le placement optimal des lignes dans les canaux à petits gabarits, pour une première approche est de former un barrage avec vos 4 lignes, dans différentes profondeurs, et sur des fonds variés. Vous déterminerez rapidement ou se nourrissent les poissons (vase, pierres, graviers...) ainsi que leurs habitudes alimentaires (nomades ou sédentaires).
-Il faut savoir que les poissons en canaux, s’alimentent à des heures très précises, et sont réglés comme des horloges suisses ! Une fois les heures de passages déterminés, vous pouvez vous caler tranquillement dans le level et guettez la montre ! 

L'équipement

Concernant l'équipement pour pêcher en canal, des cannes de 3LBS feront largement l'affaire. Personnellement pour des questions de sensation et de praticité, j'ai adopté, depuis quelques années, des cannes de 10 pieds. Elles couvrent parfaitement toutes les situations de pêche pour ce type d'eau puisque dans la majeur partie des cas vous lancerez a la cuillère.

Coté nylon, optez pour un 35/100 et en fonction de l'encombrement des postes et rajoutez une tête de ligne d'au moins 50/100. Vous aurez à faire à des poissons sauvages, pour la plupart, donc très nerveux qui chercheront très rapidement les obstacles. Attendez vous à des départs violents, les piques seront vos alliés pour pallier aux angles crées par le rod pod et ainsi éviter une baignade forcée pour récupérer votre ensemble!

 Les bas de lignes devront suivrent cette logique de pêche, votez donc costauds! Une tresse combinée de 30/35lbs est l'idéale pour avoir une présentation optimale et une bonne résistance. Avec des bas de lignes totalement rigides, j'ai remarqué de nombreux décrochages. Donc dénudez les 2 à 3 dernier centimètres de votre bas de ligne afin d’obtenir un basculement de l'hameçon parfait.

Concernant ce dernier, je ne peux vous conseiller une taille particulière, car il faut l'adapter à l'appât sélectionné. En revanche, la forme et la pointe devront être infaillibles! Les pointes droites ont l'avantage de piquer très vite dans les chairs, mais s'usent prématurément sur des fonds accidentés. Optez pour des pointes légèrement rentrantes, et œillets à angles fermés pour favoriser le retournement dans la bouche
Enfin, les plombs plats et lourds sont à conseiller pour éviter que la ligne glisse dans les pentes, assurer une bonne tenue après le passage d’un bateau et pour prévoir un bon autoferrage. N’hésitez pas à monter au moins à 120gr même si vous pêchez a 10 mètres. Dans les canaux à grands gabarits sur lesquelles la navigation est importante, optez pour des grammages plus importants qui tendent, pour les conditions les plus extrêmes, vers les 200/250Gr
Dernière chose, j’utilise systématiquement des back lead car lorsque je pêche a très courtes distances j’aime être très discret. Ils sont également très utiles lorsque l’on combat une carpe juste au dessus de ces lignes de nuit.

Les appâts

En fonction de votre stratégie d'amorçage, sur le court, moyen voir long terme, les appâts devront être plus ou moins instantanés.
En effet pour des sessions courtes, d'une journée ou d'une nuit, sans amorçages préalables sur des postes ciblés, jouez la carte de l'attractivité.
Choisissez alors des pellets et frolics, et autres appâts semi solubles. Si la navigation est fréquente, optez pour un amorçage au rappel ou mieux une pêche au method feeder en relançant juste derrière les péniches en plein dans les remous. A chaque passage de bateaux, rappelez de quelques appâts pour garder le spot toujours attractif. C’est important car les poissons naviguent par banc et par créneaux de passage.
Les graines sont des valeurs sures, mais je préfère les utiliser en hiver car les poissons blancs sont beaucoup moins actifs. Un mélange de chènevis, blé et de petits pellets de 4mm, lié avec des farines sont idéals sur un montage esché d'une petite pop up.
D’ailleurs, les appâts flottants sont d'excellents pièges quand la navigation est fréquente. Une canne placée dans le chenal avec un long bas de ligne terminé par une flottante de couleur vive (Zig-Rig) permet de toucher des poissons bonus se nourrissant de particules en suspension après le passage d’une péniche.

Pour des pêches préparées, il convient de manière générale d’utiliser des bouillettes comme seul appât. En canal cette règle se confirme d’autant plus que les poissons blancs s’y plaisent particulièrement. Donc, pour éviter les brèmes, chevesnes, carassins, et autres « indésirables », je prépare un poste avec des bouillettes de 20mm, et amorce très large à des heures régulières. Il m’arrive d’étendre l’amorçage sur 150m voir 200m, alors que mes lignes sont étalées sur 50m. Ceci simplement afin de faire nager les carpes, car comme nous l’avons vu, elles ont à peu près le même comportement que les carpes de rivières. En fonction des canaux, elles peuvent naviguer sur de très longues distances, et les écluses ne sont pas des obstacles. Le jour de la pêche je n’amorce pas énormément, juste de quoi créer une concurrence alimentaire, puis à chaque départ je rappelle correctement en assiette pour stimuler les poissons. Je préfère gérer mon amorçage de cette façon, car en fonction des conditions climatiques la pêche peut se bloquer en quelques heures, et il toujours plus facile d’en rajouter que d’en retirer….

Pour conclure je vous invite à tenter l’expérience canal. En France ces lieux sont délaissés à tord, et vous serez sûrement seul à découvrir le cheptel et l’intimité de ces eaux si mystérieuses..

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