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Première approche en lac de barrage

Bien débuter en barrage

Par Bruno Medou.

Photos : Bruno Medou et Olivier Soulier

De tous temps et pour de nombreuses raisons (crues, irrigations, navigation, etc.) l’homme a désiré contrôler le cours des fleuves et des rivières. Le plus ancien barrage connu, d'une longueur de 115 m, fut construit dans la vallée de Garawi en Egypte vers 3000 av. J.-C. Sans remonter aussi loin, rappelons que le siècle dernier a vu le développement de l’accès à l’électricité de façon exponentielle, et par là même, un besoin grandissant de produire une énergie en grande quantité. Les ingénieurs de l’époque se sont naturellement tournés vers la puissance hydroélectrique de nos nombreuses rivières de moyenne altitude. Ainsi sont nés les grands barrages que nous connaissons actuellement, et qui font la joie des pêcheurs comme des plaisanciers.

 

Un milieu particulier
Les barrages offrent de très nombreuses physionomies en fonction de la nature du sol et du relief préexistant. D’une manière générale, les sols calcaires y sont inexistants pour des raisons de friabilité de cette roche, incompatible avec les contraintes de ce type d’ouvrage. On aura donc généralement affaire à des sols de roche dure, avec des reliefs pentus. Ajoutons à cela que la végétation d’origine a rarement été enlevée avant la mise en eau, et l’on imagine d’emblée un milieu plutôt hostile à nos lignes de fond … Et ce n’est pas faux ! Nous y reviendrons … Rien à voir en effet avec les grands lacs de plaine aux faibles fonds réguliers et monotones, où avec les étangs. Vous êtes ici au pays des « suceuses de cailloux » comme dirait Eric Deboutrois !

De grandes différences de fonds peuvent toutefois se rencontrer, y compris dans le même lac, sans que cela soit discernable en apparence. Les baisses hivernales de niveau, ou les vidanges (partielles ou totales) permettent de se faire une idée de ces contrastes parfois saisissants. C’est d’ailleurs le moment de remplir les cartes de vos apn en archivant minutieusement tous les spots potentiels. Cette base photographique vous sera extrêmement utile dans vos futures sessions. Je possède par exemple plus, de 500 clichés des fonds d’un seul des barrages que je pêche.
Sur certains lacs de barrages existent encore, comme en grand fleuve, des secteurs inaccessibles autrement qu’en bateau, parfois au prix de plus d’une heure de navigation, et éloignés de toutes habitations et voies de communication. La pêche dans de tels lieux prend une dimension nouvelle, le cadre étant généralement grandiose et sauvage (ce qui nécessite de le respecter et savoir se faire oublier …). Se sentir petit face au milieu est une sensation qui ferait du bien à beaucoup de pêcheurs de « bassines » …

Des cheptels variés et sauvages
Les poissons que l’on rencontre dans les lacs de barrages, sont de formes et de souches multiples et très variées. On croisera aussi bien des communes sauvages que des miroirs dodues. Il n’y a pas de règle en la matière, tant les empoissonnements successifs, associés parfois à la population d’origine, ont régénéré les cheptels. C’est cette incroyable diversité qui rend la pêche en barrage si passionnante, d’autant que l’on a affaire à des poissons souvent vierges, ou bien moins sollicités que dans les petits plans d’eau surfréquentés. Les bouches difformes n’ont pas leur place ici, à de rares exceptions près (Cassien, Cabanac …)
Je connais quelques barrages où la probabilité de prendre un poisson ayant déjà croisé un hameçon est quasiment nulle, et où les communes toute d’or vêtue, sont longues et combatives comme des saumons … On est bien loin des poissons connus sous tous leurs angles, pris et repris des dizaines de fois par an. Chacun son trip !

Le potentiel des lacs de barrage est très variable, tant en nombre qu’en poids maximal des carpes. La richesse du biotope joue un rôle non négligeable, mais il faut bien avouer que les barrages, avec leurs pentes très raides et rocheuses, leurs profondeurs souvent vertigineuses, et leurs eaux pauvres, ne peuvent rivaliser avec les grands lacs de plaine en matière de spécimens, du moins en nombre. A l’exception des barrages du sud, il ne peut y avoir de comparaison avec des lacs comme le Der ou Orient. Mais il existe cependant des joyaux dans chaque barrage, qui ne s’offriront qu’à ceux qui prendront leur temps pour comprendre et pratiquer ces eaux…

Utiliser les outils actuels
Les lacs de barrages ont un côté déroutant, il faut bien l’avouer, et cela même si l’on a la chance d’avoir grandi dans une région où ils sont très nombreux. La taille, les profondeurs, les fortes pentes, les forêts immergées, la difficulté du repérage et de la pêche dans certains cas, tout cela peut freiner au premier abord ceux qui souhaitent tenter l’expérience des barrages. Et c’est très compréhensible ! Autant on peut tenter sa chance sans complexe dans un étang en lançant droit devant soi une pop-up ou un maïs en plastique, accompagné d’un stick soluble, en espérant qu’une carpe croisera rapidement ce piège, autant la pêche en barrage nécessite un investissement en temps et/ou en appâts un peu plus important. Il faut donc préparer sa pêche à l’avance, tenter de connaître son terrain de jeu le mieux possible en engrangeant un maximum de données utiles.
Pour cela, un passage par le site géoportail est grandement recommandé, ainsi que l’acquisition d’une carte IGN série bleue au 1/50 000ème. Avec un peu d’habitude, on arrive sans mal à « lire » les courbes de niveau des cartes (ces petites lignes orange qui matérialisent la pente), et en sachant que ces courbes se prolongent sous l’eau, on obtient une idée globale du relief aquatique. Ce n’est qu’une étude préalable que l’observation de terrain devra compléter, mais cela évite de perdre du temps en repérage sur des secteurs « injouables » que l’on ne découvrirait qu’une fois sur place.

Pour s’attaquer sereinement à la pêche de la carpe en barrage, posséder une embarcation motorisée, et équipée d’un échosondeur est presque indispensable. Le besoin d’être mobile pour trouver ou suivre le poisson, la nécessité de se rendre sur certains postes inaccessibles autrement, l’amorçage, la dépose de montages, les combats en zones encombrées, tout ici prend une autre dimension. A de très rares exceptions près, on est loin de la pêche « so british » où l’on sonde gentiment avec une canne et un flotteur avant de propulser quelques spods de particules. Ou alors il faudrait disposer d’une vie … Non, il faut ici pouvoir faire vite, grand, et bien, au risque de passer à côté de sa pêche.
Selon la taille des eaux pratiquées (et le budget de chacun), en allant de la simple annexe gonflable équipée d’un électrique de 30 lbs au grand « boat » de 4m poussé par un 30 CV, chacun trouvera son bonheur en gardant à l’esprit, les normes de sécurité et la réglementation. Inutile de jouer avec sa vie quand on a des dizaines de mètres d’eau froide sous ses pieds …
Quand à l’échosondeur, son utilité évidente dans des fonds accidentés et encombrés n’est plus à démontrer, à moins de se cantonner à une pêche « dans ses chaussures », ce qui peut aussi (parfois) rapporter gros …

Un matériel à toute épreuve
Il n’y a pas de cannes spécifiquement adaptées à la pêche en barrage, mais l’emploi d’un corps de ligne très résistant et de plombs parfois très lourds semble écarter en apparence les cannes trop fine et peu puissantes. On ne doit cependant pas sacrifier le plaisir pour l’ultra-puissance, car la dépose des montages évite par définition les lancers ce qui permet de conserver un matériel habituellement destiné aux petites eaux. Les cannes courtes trouvent également toute leur utilité, puisque les rares lancers se font à courte distance.

Je ne m’étendrai pas sur les moulinets, sachant qu’une réserve de fil suffisante doit vous permettre de déposer vos montages « sur le trottoir d’en face ».

Venons-en plutôt au corps de ligne. J’utilise de la tresse (50lbs) pour toutes mes pêches de barrage depuis deux ans, couplée avec une tête de ligne en nylon de 60 centièmes minimum, le tout raccordé par le nœud « Mahin ». C’est du solide, du « bourrin » aux yeux de ceux qui ne pratiquent pas en barrage, mais c’est le prix de la tranquillité dans des eaux chaotiques.
Une simple agrafe de qualité, c'est-à-dire solide, avec ou sans lead-core selon les goûts (je n’ai jamais remarqué de baisse des résultats en m’en passant …), et un gros plomb grippa ou un caillou sur cassant constitue la base de tous mes montages pour les pentes rocailleuses ou les fonds plus propres. Quand au bas de ligne, je ne rentrerai pas dans les nombreux débats sur les vertus de la sophistication, puisque chacun est assez grands pour choisir le sien selon ses goûts et ses convictions. Souple ou rigide, articulé, rotatif ou que sais-je encore, « c’est vous qui voyez » comme direz le comique. Je ne pourrai que vous conseiller, par expérience, de faire là encore simple et solide : une bonne tresse de 30lbs minimum, un bon vieux « nœud sans nœud » et un hameçon à toute épreuve de la taille qui vous plaira, voilà de quoi faire le job sans mauvaise surprise. Evitez les fragiles fluorocarbones, ou alors ne descendez pas en dessous du 40lbs.
En résumé la partie technique de la pêche en barrage est assez rustique, le but étant de s’assurer que le poisson piqué arrivera à l’épuisette.

Des approches diversifiées
Mais avant de vouloir amener le poisson à l’épuisette, encore faut-il le faire mordre. Et si la partie technique des montages est ici relativement secondaire, il en va autrement de la tactique à mettre en place pour trouver et piquer les carpes.
En premier lieux, il faut savoir que le repérage en barrage est parfois très compliqué, et souvent particulièrement long. Dans les eaux que je pratique, il y a généralement peu de signes d’activités trahissant la présence des carpes. On est loin des phrases toutes faites des magazines, du style « après avoir fait le tour du lac, je vois plusieurs gros poissons monter en surface dans une grande baie bien exposée » ou encore « grâce à mes lunettes polarisantes, j’ai pu repérer un groupe de carpe à proximité d’un arbre immergé » … Non, la réalité est souvent toute autre : l’immensité devant nous, et aucune piste pour savoir où et comment commencer !
Comment faire alors pour aborder un tel mystère ? Pas de panique ! Voici quelques pistes pour tenter de tirer votre épingle du jeu. Je précise bien évidemment que mes écrits se fondent sur mon expérience personnelle, et sur les barrages que j’ai péché. Il ne s’agit pas d’une quelconque vérité à prendre au pied de la lettre, mais de base de départ et de stratégie qu’il vous faudra adapter aux conditions du moment.

Cas 01 : Vous partez en session pour quelques jours sur un barrage inconnu, sans avoir pu amorcer préalablement, et donc avec la nécessité de « faire votre pêche » le plus rapidement possible. A moins de tomber sur un rassemblement de carpes dès votre arrivée (ce qui n’arrive jamais), il semble préférable de pratiquer une pêche au spot, car la construction d’un amorçage de zone se prête peu à une période aussi courte. Dans ces cas-là, privilégiez des zones de tenues et de passages supposés après sondage minutieux, en pratiquant de préférence les bordures, la proximité des obstacles, avec un amorçage parcimonieux qui doit cependant tenir compte de la présence d’indésirables (brèmes, chevesnes,etc.). Pour exemple, 1 bon kilo de chènevis, autant de pellets et deux grosses poignées de bouillettes est une base pour accompagner un montage et attendre la première touche. Pour mettre toutes les chances de votre côté, utilisez de préférence une bouillette flottante qui « présentera » mieux, surtout sur des fonds caillouteux. Une belle fluo boostée fait souvent des merveilles, et je n’hésite pas à escher ainsi mes 4 cannes. En fonction des résultats, les montages seront éventuellement déplacés vers un nouveau spot (il y en a généralement de nombreux à exploiter en barrage !), ou réamorcés avec la même quantité après chaque touche. Sans résultats au bout de 48 heures, ne pas hésiter à se déplacer pour exploiter une nouvelle zone.

Cas 02 : vous avez la possibilité de vous rendre régulièrement sur les berges d’un barrage, et ainsi de pouvoir construire vos amorçages à l’avance au long de l’année. Il va de soi que dans ce cas, vous connaissez un peu les lieux, au minimum pour la partie théorique : la nature du fond, éventuellement des zones de tenues saisonnières, etc. Il est alors temps de tenter un amorçage d’accoutumance basée sur un appât de qualité distribué régulièrement sur une large zone. Cette accoutumance peut varier dans le temps, et sans se ruiner dans un « ALT » sachez qu’en deux semaines pour 4 à 6 amorçages il est possible de vérifier si le choix de la zone a été le bon. C’est le type d’approche qui m’a valu mes plus belles pêches en barrages, en terme de poids moyen, sachant que la seule contrainte est la discrétion absolue ! Si l’accoutumance a joué son effet, ce sont souvent les plus beaux poissons qui se manifesteront en premier, preuve de leur « addiction » à vos appâts qui devront être irréprochables. Une base carnée parfaitement équilibrée et digeste me semble de loin la plus efficace sur ce type de pêche. Je signale d’ailleurs une différence majeure constatée dans cette approche par rapport à la précédente : les appâts « leurres » de type pop-up fluo, immitations diverses, ou même les billes fortement boostées sont bien moins efficaces qu’une seule bille dense identique à celle utilisée en amorçage. Et c’est assez logique : les carpes sont conditionnées sur un type d’appât et se nourrisse en toute confiance.

Quelques postes incontournables ?
Si la stratégie de pêcher pour un poisson, puis d’ajuster le tir, permet d’exploiter des zones de passage, il est évident qu’un amorçage d’accoutumance (le plus payant à mon avis si l’on exclue les rares rassemblements « accidentels » de poissons qui permette quelques « cartons » épisodiques) nécessite de cerner un peu le comportement des carpes.
Il n’en reste pas moins vrai que dans certains barrages il n’y a pas ou peu de logique au comportement des poissons. J’en connais un où l’observation ne permet même pas de savoir s’il y a des carpes … et pourtant !

Dans ces cas-là, vous pouvez sans trop d’erreur miser sur les types de postes suivants :

  1. Arrivées d’eaux : de la rivière qui alimente le barrage au simple ruisselet, l’eau amène oxygénation (spot d’été !) et nourriture.
  2. Champs de souches immergés : hot spot garanti, surtout en présence d’écrevisse, mais attention à vos montages qui devront garantir au maximum la sécurité du poisson. Sachez-vous abstenir de pêcher les zones trop encombrées.
  3. Ruines immergées : même remarque que précédemment. Sachez exploiter les murets et autres nombreux vestiges d’anciennes haies. Vous ne serez que rarement déçus.
  4. Fortes pentes : ne pas négliger les pentes importantes, surtout si elles sont rocheuses
  5. Profondeurs : vous seriez surpris de voir jusqu’où les carpes des « abysses » sont capables de se nourrir ! Tout dépend du lieu et des saisons, mais il ne faut pas hésiter à placer de montages dans 15 mètres et plus, et cela même en plein hiver … croyez-moi, vous pourrez être surpris … Ne négligez pas la proximité des chaussées où de nombreux débris s’accumulent et offrent à nos belles le gîte et le couvert. A l’opposé, de très grosses carpes se font prendre en extrême bordure de jour comme de nuit ! J’en connais une qui dépasse les 20 kilos et qui s’est fait prendre seulement trois fois à ma connaissance, par trois pêcheurs différents sur 200 hectares d’eau, et à chaque fois dans moins d’un mètre d’eau … Hasard ou comportement spécifique ? Mystère !

La pêche en barrage est donc une pêche qui peut paraître complexe, mais seulement parce qu’elle est riche, variée, changeante au grès des saisons et des marnages, et que tout est possible dans ces eaux mystérieuses où nagent des poissons souvent sauvages. A chaque bip, c’est peut-être le poisson de votre vie …

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