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Première approche en fleuve et rivière

Bien débuter en rivière et/ou en fleuve

Par Bruno Medou

La pêche en rivière attire de plus en plus de carpistes. Et pour cause, des kilomètres de berges libres de toute pression de pêche, des carpes surpuissantes, un mystère toujours aussi enivrant quant aux spécimens, bref de la graine de paradis. Cependant, beaucoup de pêcheurs hésitent aussi à se frotter aux eaux courantes, à cause des obstacles, de la navigation et bien d’autres paramètres rendant cette pêche assez complexe de prime abord. Je vous propose donc de vous guider méthodiquement, dans l’approche de ces eaux tumultueuses.

Le choix du poste

Pour commencer à pêcher, il faut forcément déterminer un poste, une zone, ou plus largement un secteur intéressant. Il serait bien prétentieux d’affirmer à l’avance que votre coin de pêche produira beaucoup de poissons, ou plutôt un véritable mammouth. Cependant, en règle général, les populations sont assez connues, et les biefs réputés pour leur densité impressionnante de carpes de poids moyens, ou au contraire, ceux dont la faible proportion de poissons est de calibre supérieur. A vous de choisir une destination qui colle avec vos objectifs, sachant qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne ou d’une mauvaise surprise et ce, quelque soit le bief choisi.

En bref, si vous péchez l’Hérault, le petit Rhône ou la Douve (petite rivière Normande), les poissons seront très sûrement au rendez vous, mais d’ un calibre moyen . En revanche, la Saône, la Seine, ou bien d’autres peuvent vous permettre de faire grimper le peson assez rapidement. A vous de choisir, sachant qu’avec internet de nos jours, une manne d’informations est disponible.

Choisir un bief est aussi assez délicat, mais il peut être passionnant de suivre une population entre deux écluses, plus rares même de reprendre une carpe. Plus votre bief sera court, plus l’apprentissage et donc  les résultats, seront rapides. La nourriture naturelle, les accès aux postes, le nombre d’endroits marqués (arbres, ponts, affluents) devront retenir votre attention. Mais attention, les postes ne sont pas les mêmes en fleuve, qu’en petite rivière, même si d’énormes similitudes apparaissent.

Pêche en fleuve :

les carpes fréquentent souvent les grands haut fonds, comme on en trouve sur le Rhône ou la Saône, les cassures de bordures, ce que l’on appelle plus communément la marche, et le lit. Les bordures ou digues empierrées, qui retiennent les éléments charriés par le courant, les piles de pont et autres obstacles majeurs restent, eux aussi, des postes de prédilection.

Pêche en rivière :

Avant tout, les arbres morts, les extérieurs de virages, les bordures très proches (notamment les boisés, abords de pontons et autres), le lit également si celui-ci est bien dessiné. Les piles de pont toujours, et tous les obstacles immergés mais également et surtout les bancs de nénuphars, s'il y en a, et les massifs d’herbiers.

Une fois que vous avez réunis, un dans l’idéal, ou plusieurs de ces éléments, on peut légitimement penser que vous êtes sur la bonne voie.

Bien s’équiper pour bien pêcher.

La rivière, nous venons de le voir, est un milieu hostile. Les différentes crues charrient chaque année d’innombrables déchets, troncs d’arbres, branches, etc... ceux-ci s’entassent à certains endroits et se bloquent sur les fonds. Les carpes ont la fâcheuse habitude de se loger et de se nourrir à proximité de ces zones dangereuses pour nos lignes. Il faut donc adapter votre matériel en fonction :

Vos cannes, doivent vous donner la possibilité de stopper une carpe prés des obstacles. Les notions de puissance indiquées sur les cannes ne veulent pas toujours dire grand-chose, mais les modèles rigides à actions rapides sont à privilégier.  Les petits modèles de 9 à 11 pieds, très à la mode sont pratiques et légers, cependant quand il faut décoller un poisson, ou le monter au dessus d’obstacles on perd de l’angle du fait de leur taille réduite. Il faut cependant noter une certaine progression dans ce domaine ces derniers temps, et on trouve désormais

quelques cannes courtes de bonne facture et assez puissantes permettant de par leur taille d’être en contact direct avec le poisson et de pouvoir bénéficier de l’effet de surprise dés la prise de contact. Je possède des 10 pieds, et j’en suis ravi même pour mes pêches en rivière et fleuve. Cependant Je dirais  qu’une 12 pieds pour 3.5 lbs de puissance, permettant de faire face sans problème, à un maximum de situation.

Utilisateur et fervent défenseur du nylon depuis toujours, je ne lésine pas sur la qualité de ce dernier, d’autant plus  qu’en fleuve et rivière, en frottant sur les dreissènes et autres obstacles ce dernier sera mis à rude épreuve. Je prends donc soin de le changer tous les 6 mois et n’utilise jamais de diamètre inférieur au 40/100. Je n’hésite d’ailleurs pas, à conseiller un bon 45/100 directement en corps de ligne, sans jamais avoir constaté de baisse dans les résultats. Les carpes de rivières et fleuves sont souvent peu pêchées.

Elles s’alimentent souvent en banc et franchement. Elles sont donc bien moins sensibles à la taille et à la grossièreté des montages, il serait donc dommage de se passer de ce plus. Les bas de lignes, quant à eux, dépendent des conditions rencontrées.

La tresse gainée, en gros diamètre, reste pour moi le produit le plus fiable. Le revêtement fait office de premier rempart face aux dreissènes, puis en se dénudant, laisse place à une tresse multifibre classique et très résistante. N’oublions pas non plus la célèbre quick silver, qui elle, est pour beaucoup considérée comme incontournable. Les nylons, de fortes sections sont certes résistants (une grande préférence pour ma part,  pour le 70 /100) mais malheureusement sont faits d’une seule section pleine. De ce fait lors d’un contact avec un obstacle tranchant, il
se coupe net. La conjugaison optimale restant tresse gainée en bas de ligne et tête de ligne en 70/100. Les tresses souples apportent aussi une certaine liberté  à votre bas de ligne, lui permettant de se comporter naturellement en fonction des effluves du courant. Un réel plus, on sait que certaines carpes de rivières ont un penchant carnassier et chassent (les écrevisses par exemple) à vue.

Le poids des plombs, quant à lui, doit être  adapté aux conditions de pêche. En sachant que pour moi, le 150 grammes convient dans 90% de mes sorties. Au delà de cette barre, surtout passé le cap des 200 grammes, l’angle formé par le lest est vraiment gênant pour le combat. Mieux vaut dans ces cas précis, utiliser un cassant avec une bonne grosse pierre et du 20 ou 22/100. Il vous faudra néanmoins un bateau pour déposer vos lignes. En effet, certaines carpes aiment se tenir dans les courants soutenus, et il est alors nécessaire d’employer de très gros plombs. Concernant l’apparence, j’ai une préférence  pour les formes arrondies ou ovales, avec un trou dans le centre et des « picots » sur le dessus, pour faire ventouse et s’agripper sur les fonds.

Pour les hameçons, Choisissez les forts de fer simples et solides, en numéro 2 ou 4. Descendre moins est bien souvent inutile, et ne rapporte pas plus de touches. Les références sont nombreuses à vous de trouver celui qui vous convient, mais pour ma part, les œillets rentrants ont ma préférence.

Au menu ce soir ?

La dernière interrogation n’est pas la plus petite, les appâts fleurissent sur les étals, on en lit des vertes et des pas mûres. Grosses bouillettes, graines fermentées, pellets etc,etc… L’essentiel est de ne pas se disperser, et de faire avec son budget.
Le premier problème auquel vous serez confronté : les indésirables, du chevesne au silure en passant par la brème ou le carpeau; ils dictent leur loi en rivière. Même si les bouillettes « jumbo » répondent en partie à ce genre de problème, elles sont loin d’être une solution idéale. Problème mécanique sur les montages provoquant beaucoup de décroches et problème d’acceptation par les carpes sur pas mal de secteurs. Vous l’avez compris je n’en suis pas fan.

Comment je m’adapte ? Facile j’ai une échelle d’attractivité et je commence au plus haut pour finir au plus bas.

Frolics, pellets : Les rois des pêches rapides, ils sont l’un comme l’autre des aimants à carpe. Je ne compte plus les poissons trompés sur la Marne, le Rhône, la Sarthe, La Seine grâce à ces esches. Bien sûr les brèmes sont souvent au rendez vous, mais en journée cela n’est pas trop dérangeant, car la prise de ces poissons comme d’autres fait partie intégrante de la pêche en rivière. Leur utilisation est quand même optimisée en saison froide (début ou fin de saison). Les blancs, en « sommeil » parasitent moins les coups. D’ailleurs, au début du mois d’avril 2007, j’ai eu l’occasion de faire une très belle pêche au pellet sur le Rhône à Saint Vallier, et quand on connaît la richesse en cyprins… cela démontre qu’il ne faut pas négliger ces appâts. Le frolic étant d’après mes expériences, l’appât le plus vite détecté par les carpes, et pour ma part le plus prenant de tous en rivière.

Maïs, lupins : Anges ou démons ? Ces graines universelles, instantanées peuvent vous faire vivre le meilleur comme le pire. Elles restent quand même une valeur sûre, notamment si vous sortez des sentiers battus (rivière vierge). Je ne me déplace jamais sur un nouveau bief ou une nouvelle rivière sans emporter un seau de maïs. N’oubliez jamais de les cuire, cela les rend plus digestes, plus attractives et cela dégrade l’amidon pour le rendre plus assimilable.

Les bouillettes : Un atout de choix pour la sélection, elles se propulsent aisément  et ne procurent aucun problème de conservation. J’en fais mon choix numéro un, quand je souhaite m’investir sur un secteur, en amorçant et pêchant régulièrement sur du moyen et/ou long terme. Les diamètres de 18 à 24 millimètres ont ma préférence, pour les recettes, je vous laisse à vos habitudes. Pour ma part, les billes à tendance carnées sont mes valeurs sûres. En effet le régime alimentaire des carpes des fleuves et rivières est principalement composé de gastéropodes et de petits crustacés. Cela semble donc logique de se rapprocher au maximum de la nourriture naturelle.

La tiger : Autant j’utilise la bouillette dans la durée, autant les tigers nuts trouvent place sur mes cheveux dés que je fais une pêche courte (24 à 72 heures). C’est le cas des rivières moins proches de mon domicile, comme la Mayenne où je ne peux pré-amorcer. Je ne serais l’expliquer, mais la plupart du temps, ce sont les tigers qui, systématiquement entrent le plus vite en action, et de surcroit, moins le secteur est péché, plus c'est flagrant. Assez peu prisées par les indésirables, elles résistent bien aux écrevisses et reste une valeur sûre.

Quelles Stratégies d’amorçage

Comment mettre en scène tous ces appâts, comment conduire les carpes sur vos lignes, et comment éviter les autres poissons ? En choisissant la bonne stratégie d’amorçage, car elles sont nombreuses et permettent toutes d’obtenir des résultats selon les conditions rencontrées :

Le secteur : Il consiste à amorcer un secteur d’une centaine, voire de 200 mètres de berges. Il convient de choisir une bordure stratégique, c’est  à dire boisée, ou extérieur de virage. Le meilleur appât reste la bille avec cette stratégie, elle donne souvent de très bons résultats, surtout si vous multipliez les amorçages un peu avant de vous rendre au bord de l’eau. Elle reste par contre coûteuse en appâts. Cette technique permet d’éparpiller une quantité d’appâts sur une large zone, permettant au poisson de trouver cette nourriture sur une grande surface. Cela oblige les poissons à beaucoup nager pour couvrir la totalité de la zone. Le secteur amorcé étant large les poissons doivent stationner plus longuement sur celui-ci.

Le spot : La stratégie passe partout et modulable à souhait. Tout les appâts sont envisageables, chènevis/ tigers, frolics/bouillettes ou encore millet/lupin. Sur les secteurs vierges, cela permet de ne pas gâcher ses chances par un amorçage lourd d’entrée sur un mauvais spot. Cette technique permet aussi de ne pas attirer trop les blancs, les tigers sont d’ailleurs parfaites dans ce rôle là. Une technique prudente et prenante, elle limite par contre les vrais cartons en ciblant un poisson à la fois. Lorsque je débarque sur un secteur sur lequel j’ai peu d’infos, je commence par une pêche au spot, afin de recueillir prudemment les infos qui me feront avancer par la suite (densité de poissons blancs, de carpes etc..)

L’Amorçage Long Terme : Loin d’être l’arme fatale et irréfutable parfois vantée, l’amorçage à l’avance reste quand même la meilleure stratégie pour fixer des poissons. Lorsque l’on amorce à des heures régulières, sur d’assez longues périodes, il est alors possible de ne pêcher que quelques heures (aux heures d’amorçage), pour faire de belles pêches. Pratiqué avec des bouillettes, sur des durées courtes, une à trois semaines, je lui dois mes plus belles pêches. Maintenant, elle se limite aux zones proches de votre domicile… dommage. Cette approche nécessite également un investissement financier et temporel conséquent.

Je rajouterai que dans certains cas, les carpes se trouvent dans des courants parfois très soutenus. La pêche devient alors très sportive, et l’amorçage est souvent la clé de la réussite. Imaginez-vous jeter une poignée de chènevis dans un bouillon de plusieurs mètres cubes seconde. Ces minis graines très légères se retrouveraient alors bien loin de la zone convoitée. Il est alors intéressant d’utiliser du frolic et des pellets, en prenant soin de les faire se ramollir dans un fond d’eau chaude. Les granulés se déliteront lentement, et vous permettront de les agglomérer entre eux sous forme de grosses boules, un peu comme une amorce de pêche au coup classique. Ces « oranges », de poids bien supérieur, couleront alors à pique, et l’amorçage n’en sera que plus précis.

Les rivières et fleuves vous tendent les bras; la pêche de ces eaux est si envoutante et particulière que l’on en devient très vite amoureux.  Certes les crues sont déroutantes, les sorties pas toujours couronnées de succès mais la puissance et la beauté des poissons font très vite oublier tous ces inconvénients.

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