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Le printemps

Comment bien débuter sa saison

Par Bruno Médou

Les premiers rayons de soleils pointent le bout de leur nez réveillant avec eux les vies terrestres et subaquatiques. Les odonates les moins timides nous gratifient déjà de quelques jolis balais, sous les croassements des rainettes les moins frileuses. Les ablettes et gardonneaux jonglent avec les éphémères en sillonnant les surfaces tels des surfeurs. Le glas de l’hiver n’est que lointain souvenir et il est temps, pour nous pêcheurs de ressortir.

Après de trop longs mois à vérifier l’état du matériel, à astiquer les blanks au w40, à rouler des bouillettes, à en faire péter la panse du congèlo ou encore à baver devant les superbes clichés des magazines spécialisés, il est temps de passer à l’action. Nous y sommes le mois de Mars annonce pour beaucoup d’entre nous le top départ d’une nouvelle saison. Les météos ultra changeantes de ces dernières années ont considérablement changé la donne. Un mois de Mars peut être aussi chaud qu’un mois de Juin, ou encore enneigé comme un mois de Janvier à Avoriaz.
Nous savons tous par expérience que la carpe n’apprécie guère les variations de températures brutales, or Mars est souvent ponctué de hauts, de bas, de pluie, puis de soleil sans oublier les célèbres giboulées qui ne cessent d’influer sur les températures de l’air et de l’eau.
L’hiver la pêche est très difficile mais le comportement des carpes change peu, les températures étant souvent stationnaires pendant la saison froide, les carpes restent sur leurs zones de tenue (souvent des fosses) pendant tout l’hiver, montant aux heures les plus chaudes sur les zones ensoleillées. elles ne se déplacent que très peu et uniquement pour trouver leur pitance. Pour ces raisons si vous trouvez leurs tenues hivernales, en amorçant peu et en pêchant aux heures d’alimentation, vous pourrez espérer prendre quelques poissons courageux. En mars c’est tout autre chose : le climat (air et eau) évolue progressivement, l’activité des poissons blancs (carpes y compris) augmente, les écrevisses et autres mollusques commencent à montrer le bout de leurs nez et il est donc légitime d’espérer prendre quelques poissons.

Cependant lorsque les températures sont changeantes et instables, les choses sont bien différentes. Les zones de tenue des poissons peuvent varier sans cesse mettant à l’épreuve le moral des pêcheurs les plus chevronnés. Les poissons peuvent être un jour ici et très loin de cette zone le lendemain.
Il ne faudra pas s’attendre à des résultats réguliers mais plutôt organiser ses sessions en fonction des vents et du soleil. En résumé : si un fort vent du sud même accompagné de pluie balaie une petite anse, c’est tout bon, il faut pêcher sans plus attendre. Par contre si un vent nordique frise l’élément liquide depuis plusieurs jours cela s’annoncera difficile. En effet, les poissons étant encore en semi-léthargie la moindre vague de froid (pluie glaciale, vent du nord, ou tout simplement chute brutale des températures) fera retourner les carpes dans leur zone hivernale où la température est plus stable. Et puis il y a également ces mois de Mars ensoleillés comme on en a connu quelques-uns ces dernières années. Dans ces cas, lors des premiers réchauffements, les poissons vont commencer à chercher les endroits les plus exposés au soleil. Ce dernier faisant office de radiateur assure un certain confort au poisson et est également propice à une éclosion des micros benthos aquatiques.
Ces endroits deviendront alors des endroits privilégiés où se rassembleront certainement quelques poissons en quête de chaleur et de nourriture.
Les endroits les moins profonds tels que les hauts fonds, les bordures, les contours des îles etc... dévoileront alors tous leurs avantages.

Puis viendra le temps des migrations amoureuses, souvent courant Avril pour nos amis sudistes puis courant Mai pour les autres. D’énormes bancs de carpes précédés des brèmes s’en iront le vent en poupe vers les zones de frai. Sur les grands lacs ces zones ressembleront très souvent à des baies peu profondes envahies de potamots, de nénuphars ou de myriophylles. Les carpes y trouveront chaleur, quiétude et de quoi se livrer à leurs ébats. Lors de cette période post- frai les poissons ont souvent un appétit à la hauteur des célèbres cartons printaniers. C’est le moment pour se livrer à des grands amorçages d’interceptions un peu en amont des frayères ou à l’entrée des grandes baies. Au passage des poissons, avec un peu d’organisation et en plaçant ses lignes à tous les étages, il sera alors possible d’effectuer de très belles pêches.

Rien de neuf coté appâts

Malgré les grosses réserves acquises pendant l’automne les poissons sortent d’une longue période d’inactivité alimentaire. Il leur faut donc reprendre des forces, mais aussi préparer de quoi affronter le frai qui représente une grosse dépense d’énergie sur un court terme.
Les petits appâts seront légion si les blancs ne sont pas encore trop actifs, la noix tigrée, prenante toute l’année, ne sera pas à oublier, les pâtes crues d’enrobage feront aussi des merveilles. Coté parfum, les saveurs épicées semblent être de mise dans les eaux froides mais aucune règle n’est établie. Quand l’eau commencera à se réchauffer, optez plutôt pour des appâts tendres aux saveurs sucrées ou crémeuses mais là encore, pas de règles, vos expériences personnelles primeront sur toute affirmation.
Quand la température de l’eau passera les 10 degrés, ressentant le temps des amours approcher, les carpes vont commencer à rentrer dans une grosse période d’alimentation, elles vont se gaver d’escargots, d’écrevisses, de limnées et autres gastéropodes. Il sera alors temps de faire place à des appâts riches en protéines pour pouvoir concurrencer (mais jamais dépasser) la nourriture naturelle.
J’ai pour ma part en cette période eu de bons résultats au lupin, en effet cette graine a une valeur énergétique très élevée et est aussi riche en acides aminés tels que la lysine ou la thréonine. Sa valeur nutritive est donc largement supérieure à celle du maïs.
Riche en hydrates de carbones et en protéines brutes, le lupin sera un appât idéal de début de saison pour les adeptes des graines, bien que sa richesse en alcaloïdes (caractérisée par l'amertume) puisse rebuter certains poissons.

Concernant les bouillettes dont je suis adepte, si vous pêchez au spot et que vous utilisez la technique de l’amorçage en assiette avec très peu d’appâts, préférez alors un mix à haute valeur nutritive (HNV). Pour cela tous les produits dérivés du lait (lactalbumine, caséïne de sodium, caséïnate, etc.) composés essentiellement d’hydrates de carbones, de protéines solubles et de lipides vous seront bien utiles pour renforcer le taux de protéines de votre mix.
Certaines farines de poissons peuvent aussi renforcer ce taux mais n’en abusez pas, à cette époque l’eau est encore fraîche et la digestibilité prime sur le reste.
5% semble un bon compromis et donnera un petit plus à vos bouillettes. En aquaculture, certaines piscicultures travaillent même désormais avec le soja sous différentes formes pour remplacer les protéines issues des farines de poissons.

La thermocline effet de mode ou réel intérêt

On en a énormément entendu parlé dans la presse mais toujours de façon très théorique et pas très facile à comprendre. La thermocline est une couche d’eau dont la température diminue avec la profondeur.
Celle-ci est créée, dans le cas qui nous concerne, par un brassage des eaux exposées aux vents. Elle pourrait se représenter sous la forme de paliers ou d’étages ayant des températures différentes. La thermocline a un effet à double tranchant, si un fort vent d’orientation principale Sud sévit, la masse d’eau supérieure de votre plan et notamment la berge exposée directement à celui ci aura une température beaucoup plus élevée. Dans ce cas les bordures exposées au vent rassembleront sans doute beaucoup de poissons, de même que les berges des îles ou encore les hauts fonds.
Dans le cas d’un fort vent d’orientation principale Nord, la température de la couche supérieure chutera de plusieurs degrés et les bordures seront totalement désertées. Les poissons se réfugieront alors au pied de la cassure, bien a l’abri du vent, dans les profondeurs où la température est plus stable.
Pas tous à la même enseigne que…
Il est difficile d’émettre des généralités sur un sujet où la météo entre autant en jeu. En effet la France est un grand pays et la météo joue un rôle important suivant les régions. Il est certain que le comportement des carpes ne sera pas le même sur la côte d’azur et dans le Pas-de-Calais à la même saison. En plein hiver il est courant de trouver dans l’extrême sud de la France des carpes actives, voire en pleine activité. Prenons l’exemple du lac de Saint Cassien qui est le plus parlant puisqu’il se trouve sur la côte d’azur et est bien connu, ne serait-ce que de réputation, par la plupart des pêcheurs de carpes. Les températures nocturnes hivernales flirtent souvent avec le négatif mais, de jour, il est extrêmement courant d’admirer la sublime du lac en t-shirt, affalé sur son bedchair, apéro à la main !
Au dessus de la Loire les choses sont différentes, les hivers sont souvent très marqués et il y a un vrai ralentissement de l’activité des poissons blancs et des carpes. Faire une carpe devient alors parfois un vrai défi, une vraie mission, voire souvent une mission impossible !.
Dans le sud, si les beaux jours sont en avance, il est même possible que fin mars / début avril les poissons commencent à se regrouper et migrer tranquillement vers les zones de frai.

En vous positionnant sur leur chemin, il sera alors possible de réaliser de véritables cartons.
C’est en procédant de la sorte qu’en 1993 pour une de mes premières très longues sessions en grands lacs, après avoir quitté la capitale et sa pluie battante, à la mi Mars, avec un ami nous nous retrouvâmes sur un très grand lac du sud ouest chauffé par quelques généreux rayons de soleil installé depuis 6 jours.. Nous avons réussi à barrer correctement l’entrée d'une gigantesque frayère d’une centaine d’hectares.
Nous totaliserons une bonne cinquantaine de départs sur la semaine entière avant de voir les carpes déserter la baie pour enfin finir sans un bip. Deux jours après nous retrouvions, à l’opposé du lac à quelques 20 kilomètres du premier poste, un autre banc de carpes qui nous laissent encore à ce jour de bien sympathiques souvenirs.
Les beaux jours ne sont pas loin, affûtez vos hameçons…ça va bientôt chauffer !

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